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L’ouverture des remontées mécaniques : une histoire aux multiples péripéties. Vers un nouveau modèle des stations de sports d’hiver ?

nouveau modèle station sport d'hiver

De nombreux articles sont parus, et paraissent encore, pour faire état de la situation inattendue à laquelle est confrontée toute l’industrie de la montagne cet hiver. A travers une sélection de différentes sources non exhaustives, nous tentons de retracer cette histoire aux multiples péripéties.

La fermeture des remontées mécaniques entraine de lourdes conséquences économiques

Une attente longue, des décisions reportées pour que finalement le couperet tombe : les remontées mécaniques n’ouvriront pas pour l’instant. Difficile de passer outre cette grande stupéfaction liée à la crise sanitaire. Dans le monde du ski résonnent colère, incompréhension, sentiment d’injustice et consternation : manifestations à l’appui. D’autant que les professionnels de la montagne ont tenté, à l’instar de France Montagne avec un peu de légèreté, de démêler le vrai du faux concernant notamment les risques réels de contamination.

Un hiver déjà catastrophique en passe de devenir une année blanche. Et l’on se souvient tous que les stations de ski s’étaient déjà vues dans l’urgence de fermer en mars dernier avec pour résultat une saison bien amputée : 1,5 à 2 milliards d’euros de pertes estimées. Sans ouverture des remontées mécaniques pour les vacances de Noël et de février, les conséquences pour les acteurs de la montagne vont être désastreuses au long cours. C’est toute une économie qui vacille, des remontées mécaniques aux services des pistes en passant par les hôteliers, restaurateurs et commerçants, ce qui représente en temps normal plus de 120 000 emplois directs et 10 milliards d’euros de chiffre d’affaires en France. Et un emploi en station correspondrait à deux emplois indirects si l’on prend en compte toute la chaine passant des prestataires de services, au secteur du bâtiment, et de fabrication d’équipements. Pour se relever, un accompagnement de l’Etat serait nécessaire pendant 24 mois à 7 ans, en fonction des entreprises concernées. Sans oublier que les revenus qui ne tombent pas cette année ne pourront pas être réinvestis dans les opérations nécessaires au maintien de la bonne qualité des domaines skiables et indirectement des communes de montagne. En Savoie-Mont-Blanc, la perte est estimée à 4 milliards d’euros des suites de la non ouverture des remontées mécaniques dans ses 112 stations de ski.

Inutile de préciser que les nouvelles activités alternatives émergentes ne sauveront pas l’industrie du ski français cette année, car elles ne remplacent ni en volume ni en chiffre d’affaires le ski alpin. Force est de constater que pendant la période des vacances de Noël, on enregistre 70% d’occupation en moins et 80% de baisse économique au niveau national en comparaison avec la saison 2019/2020. The Conversation met ici le doigt sur l’équilibre ambitieux des stations dépendantes au ski alpin qui, on le voit, devient très précaire lorsqu’une crise inattendue paralyse soudainement le système. La dépendance au ski alpin interroge donc. Ce retournement de situation marquerait-il le début d’une transition vers un nouveau modèle des stations de sport d’hiver ?

 

L’aubaine pour les plus petites stations et les stations village

Certaines stations tirent mieux leur épingle du jeu avec en prime des conditions d’enneigement d’une grande qualité au regard des années précédentes. C’est particulièrement le cas pour les stations de plus basse altitude ou des stations villages. Les activités alternatives telles que le ski de fond, le ski de randonnée et les raquettes ont connu un franc succès. Ces pratiques plus confidentielles permettent de prendre le temps d’apprécier davantage la beauté de la montagne (et demandent un peu d’effort pour la gravir). Soit dit en passant, les bienfaits physiques que procure le ski de fond permettraient même de gagner quelques années de vie ! Voilà l’occasion rêvée de redorer l’image de ces disciplines restées jusqu’alors dans l’ombre du ski alpin et de fidéliser une clientèle nouvelle.

En termes de fréquentation, là aussi on bas des records. Emmanuel Visentin (directeur du Parc des Oiseaux et d’Aintourisme) constate une progression de +288% de fréquentation de l’Office de Tourisme du Plan d’Hotonne (montagne de l’Ain) pour les vacances de Noël 2020 par rapport à la même période 2019. Georges Vigneau, directeur des espaces nordiques du plateau de Beille (Ariège) note une hausse de +50% de fréquentation sur les vacances de Noël. Et pour Jérôme Curien, responsable sports et loisirs de l’Office de Tourisme de la Bresse, premier espace nordique du massif des Vosges, c’est +30% de fréquentation sur les premiers week-ends de janvier. Phénomène identique dans les stations du Vercors (Isère), du massif des Bauges (Savoie), les stations du Sancy (Auvergne) ou encore les Rousses (Jura).

 

Station village nouveau modèle alpin

Prudence cependant, car l’affluence soudaine conduit parfois à la saturation. Ces destinations ne sont actuellement pas structurées pour accueillir une quantité aussi importante de visiteurs, notamment en matière de capacité d’hébergement ou de location de matériel. Pour Megève par exemple, c’est la disponibilité de skis de randonnée qui a fait défaut avec une demande 3 fois supérieure à l’année précédente.

Et à Courchevel de surfer sur une autre tendance : le télétravail à la montagne ! La grande station huppée casse ses prix et propose une offre « spécial télétravail » pour convaincre une clientèle française de joindre l’utile à l’agréable, pendant un mois en appartement. Travailler c’est bien… mais les pieds dans la neige c’est mieux.

 

Alors, comment réinventer le modèle du ski ?

Armelle Solelhac, directrice de l’agence Switch a quelques idées pour contrer un business model qui ne repose que sur la mono-activité du ski alpin et les remontées mécaniques. Pour cela, elle a réalisé une prospective touristique d’ici à 2035.

Quelques constats sont d’abord dressés :

  • Les stations villages ont pris une longueur d’avance il y a quelques années déjà en diversifiant leurs activités plus rapidement que les stations de haute montagne.
  • Il est primordial de se détacher d’une image « luxe » de la montagne et d’une pratique onéreuse du ski qui se veut discriminante quand la France compte parmi les forfaits au kilomètre skiable les moins chers du monde.
    Puis quelques tendances capitales sont envisagées :
  • Passer du tourisme de masse au « tourisme d’espace » pour limiter le surtourisme et améliorer l’expérience client en imposant des quotas de visiteurs. En exemple, 29 villages d’alpinistes en Italie, Slovénie, Allemagne, Autriche et Suisse sont désormais plus rentables, car les visiteurs ne passent plus autant de temps dans les files d’attente et consomment donc davantage.
  • Le « friction free » ou l’expérience touristique « sur-mesure et sans couture ». Tout le parcours client d’un skieur gagnerait à être fluidifié pour gommer les irritants et faciliter le séjour.
  • Proposer des expériences de substitution en optimisant l’usage des nouvelles technologies, comme la station Saint-Gervais-Mont-Blanc qui propose une ascension virtuelle du Mont-Blanc.
  • Diversifier l’offre d’activités (50% de non skieurs passent leurs vacances en montagne) et proposer des activités nombreuses et variées, qui ont du sens pour les clientèles : participer à des opérations de nettoyage de la montagne, contribuer à replanter la flore…
  • Opérer un switch vers un tourisme éthique et éco-responsable, parmi les grandes attentes nouvelles des touristes.
  • Encourager la création d’espace de co-working ou des offres pour les télétravailleurs, comme vu à Courchevel ou encore à Briançon.

 

En conclusion, les défis à relever pour nos territoires de montagne sont nombreux. Au-delà de la crise sanitaire, ce sont les enjeux du changement climatique qui sont également attendus. L’heure est donc aujourd’hui au remaniement d’un modèle qui a fait ses preuves mais dont la mutation n’est plus une option.

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